Pointes médiévales

Oyez, oyez, braves gens !

Outre les pointes classiques que l’on utilise dans l’archerie moderne, il existe des pointes adaptées de nos jours pour la reconstitution médiévale et que je vais vous décrire dans cet article.

Celui-ci expliquera donc la forme et surtout l’utilité des pointes utilisées à cette époque, telles que nous les avons vues montées lors d’un festival médiéval en Corrèze cet été, au château de Moustier-Ventadour (qui vit le jour au XIè siècle), et qui sont également visibles à l’occasion des nombreuses fêtes médiévales au royaume de France !

Pour couper court à toute question portant sur le numéro 12 ;-), il s’agit d’un pique-à-viande, simple pointe en fer mais qui permettait, pour un très faible encombrement, d’attraper sa viande, de la même façon que vous le faites aujourd’hui avec vos fourchettes.

Pointe n° :

1 et 10 => lames. Conçues tant pour la chasse que pour la guerre, elles y sont utilisées contre la piétaille mal protégée. Dotées d’un tranchant très affûté, elles infligent des hémorragies conséquentes ;

2 => coupe-jarret. Destinée à trancher sans pénétrer, elle devait blesser sérieusement les chevaux, afin de diminuer fortement l’efficacité et l’emploi d’une cavalerie ;

3, 4, 5 et 6 => poinçons. Dénommées aussi « bodkins » dans la langue de Shakespeare, ces pointes exclusivement guerrières étaient destinées à percer les côtes de mailles et les armures. Ces dernières, résistant relativement bien à la pénétration des pointes, étaient cependant transpercées à courte distance par ces pointes lourdes à l’inertie importante. Ces différentes pointes n’étaient pas fixées sur le fût, mais emmanchées en force. De fait, en ôtant la flèche, la pointe restait dans la blessure, augmentant la difficulté d’extraction et les risques de mortalité. Il en était de même pour celles se fichant dans des obstacles ou protections : le projectile ainsi « désarmé » ne pouvait être retourné à l’envoyeur. La numéro 4 est un passadoux ;

7 => coupe-amarre (dite aussi demi-lune). Répandue au Moyen-Age, elle semblait servir à couper les cordages des navires. Mais cela est assez peu probable en fait car d’une part, les cordes de chanvre étaient d’un diamètre assez important et, d’autre part, sauf à en tirer une grande quantité, le vol d’une flèche équipée de ce type de pointe devait être pour le moins aléatoire. Il paraît donc plus plausible que la « coupe-amarre » était plutôt destinée à déchirer les voiles. En chasse, elle était utilisée contre les oiseaux ;

8 => incendiaire. De l’étoupe y était installée et une fois enflammée, la flèche lancée permettait, plantée grâce à la pique, de provoquer l’incendie de la cible visée (plus ou moins selon la matière dont cette dernière était constituée bien sûr). Comble du raffinement : des morceaux de viande empoisonnée pouvaient y être fixés et une fois les remparts franchis, les chiens et autres animaux carnivores se régalaient et transmettaient les maladies au mieux aux animaux du bourg assiégé, au pire à la population ;

9 => barbelée. Prenez garde à vous, ô piétaille peu protégée ! Ce type de pointe engendrait des larges blessures, et qui plus est, sa masse permettait une pénétration profonde. La barbe dont elle disposait rendait l’extraction de la flèche ardue et réservée à des chirurgiens expérimentés. Autant dire qu’avant d’en trouver un sur un champ de bataille, l’on passait de vie à trépas assez souvent. La douille de cette pointe était percée afin de lui permettre d’être clouée sur le tube pour éviter de la perdre, vu la difficulté à les réaliser et donc leur coût relativement élevé.

11 => à tête plate (ou blunt). Ici, elles étaient surtout faites pour réduire le taux de casse lors des initiations effectuée par l’archer du stand. Sinon elles sont utilisées à la chasse du petit gibier qu’elles assomment.